15 juin - 15 juillet

15 juin - 15 juillet

LA SALIE

Le 31 Août 2016, je contactais Justine en vacances non loin de la Salie.

Elle accepta, encore une fois, de prendre part à mes expérimentations humanoïdes diverses et variées.

Il fait doux ce jour là et le sable chauffé par le soleil nous enveloppe comme pour nous apaiser. J’avais suggéré à Justine de me rejoindre en ayant déjà à l’esprit une histoire qu’elle aurait envie de raconter, en la laissant libre de m’en parler.

Le ballet débuta timidement, le temps que je réussisse à trouver la bonne distance et que le rythme se crée. Ses longs cheveux qui dissimulaient sa poitrine, s’envolèrent quelques instants plus tard.

Timidité, pudeur, abandon puis plaisir et libération... sans tout citer, je devenais alors le scribe de cette  histoire intime que l’on me confiait.

Durant trois ans, chaque été, le ballet reprit, comme un rendez-vous que je ne voulais plus manquer, accompagnée de nouvelles personnes et de nouvelles histoires qu’ils voulaient bien me livrer, passionnantes et douloureuses pour la plupart.

Un rituel.

Je suis retournée sur cette même plage pour partager l’expérience avec d’autres.

Le casting s’est imposé à moi naturellement, sans vraiment d’explication, ni de sens.

Tous se sont réveillés au lever du jour pour découvrir la plage, la Salie, encore intacte,

une toile vierge sur laquelle il est possible de confier son histoire.

J’ai toujours l’image de cette vague venant effacer les traces, comme ces « ardoises magiques », faisant tout disparaître d’un mouvement droite-gauche, nous laissant la liberté de recommencer à l’infini.

Les temps d’obturation sont longs, laissant au narrateur la liberté, le temps, de figer les mouvements de son histoire.

Et si tout est flou ? C’est peut-être aussi ça, le lâcher prise, un moment de flottement, incontrôlable, qui nous est impossible d’anticiper.

Le nu lui, s’est imposé dès le début. Le corps démuni, ne pouvant plus se dissimuler, raconte sans filtres. Il existe à l’instant présent et me passionne.

Plusieurs années après je décidais de recueillir leurs interviews, à l’oral cette fois.

Pour connaitre leurs ressentis, ce qu’ils avaient choisi de retenir de l’expérience et ainsi, j’ai pu réaliser un prototype de livre pour accueillir le tout.

Je réalisais plus tard que cette nouvelle histoire « La Salie », s’inscrivait dans la continuité d’une série d’autoportraits réalisée en 2015, «Petite».

Le mouvement capturé par l’image devenait alors pour moi une écriture sincère, un moyen de se livrer, se délivrer.

 

Alice